Kütu Folk


The Elderberries

Été 2009, le 31 juillet.

Sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris et sous une chaleur caniculaire, une quinzaine de musiciens clermontois affrontent, le temps d’une joute électrique, leurs homologues bordelais – une ville dont il n’est pas la peine de rappeler le pedigree. Et leur ravissent, à la surprise quasi-générale, le titre de « capitale rock ».
Sur les planches, trois représentants d’une scène locale éclectique : un collectif du label Kütu Folk, au nom trop réducteur pour résumer les accents soul, pop, noisy de ses pensionnaires ; The Elderberries, ambassadeurs d’un rock rageur aux réminiscences seventies ; Mustang, un trio au rétrofuturisme élégant qui revisite dans la langue de Molière les fondements de cette musique quinquagénaire. De cette distinction honorifique, les principaux intéressés n’ont su que faire, bien conscients qu’elle n’allait pas changer leur quotidien.
Il n’empêche… Elle traduisait un état de fait, une réalité qui, sans dater d’hier, ni d’aujourd’hui, ne s’était jamais imposé dans l’inconscient collectif, qu’il soit régional et a fortiori, national.

Alors, Clermont-Ferrand, ville rock ?

En fait, comment pourrait-il en être autrement ?
De son histoire industrielle (comme, au hasard, Detroit) à son jumelage avec Salford – une banlieue de Manchester d’où sont originaires des membres du plus influent des groupes de l’histoire du post-punk, Joy Division –, en passant par la « noirceur » des murs de son centre historique et le vivier que constitue sa faune universitaire – par essence en perpétuel renouvellement –, tout concourt pour en faire un creuset d’où émergent groupes et artistes solo, aux ambitions diverses, aux influences plurielles, aux destinées singulières.
Dès les sixties, avec le EP des Fraises Des Bois jusqu’à aujourd’hui, des acteurs, des lieux n’ont cessé de nourrir l’imaginaire rock de la cité arverne. Dans les années 1980, Jean-Louis Bergheaud devenait Murat, mais devait prendre son mal en patience avant de tutoyer les étoiles ; au même moment, les Real Cool Killers montaient au maximum (rock’n’roll) le volume de leurs amplis, The Cure ou Metallica investissaient la Maison du Peuple et le disquaire Spliff ouvrait ses portes – qui sont toujours ouvertes en 2019. Les vocations, qu’elles soient journalistiques (Jean-Luc Manet, Patrick Foulhoux, Gilles Dupuy, le magazine Rock Sound) ou instrumentales, se multiplient au cours des années. Le rock habité de Jack & Les Éventreurs, la cold-wave de Coldreams, la pop velvetienne de Karma Antica en sont autant de signes tangibles qui, de près ou de loin, prépareront entre autres le terrain au duo Cocoon, couronné par un succès (inter)national éblouissant.
Auparavant, l’arrivée du nouveau millénaire s’est accompagnée de l’ouverture d’une grande salle de concerts : la Coopérative de Mai va jouer un rôle moteur dans l’émergence et la pérennisation de cette scène locale, sans œillère, ni frontière, embrassant aussi bien l’electro que le hip-hop, le rock le plus bruyant à la pop la plus raffinée. Mais cette présence déterminante ne va pas empêcher d’autres lieux de se battre pour la même passion, du Raymond Bar au Bikini, du Bombshell au Fotomat, du Baraka au 101, qui viennent tous confirmer un vieil adage : abondance de biens ne nuit pas. Car depuis le début du XXIe siècle, la scène clermontoise n’a jamais paru aussi créatrice et vivante.

 

 

 


Murat


Real Cool Killers


Cocoon

 

 


 Mr Nô


Appolo & Scryss

En 2019, foisonnement et diversité se donnent la main.

Pain Noir travaille sur un très attendu deuxième album alors que Mr Nô – figure de proue de la scène electro – va enfin publier son premier LP, joliment intitulé Plaisirs Obscurs. Super Parquet joue une « musique psychédélique du Massif Central », le hip-hop compte sur des représentants ébouriffants (Alchimiste, Spec Music, Appolo & Scryss…), le label Freemount déniche des groupes incroyables (Dragon Rapide, Woody Murder Mystery), le DAMIER est le premier « cluster » lié à la musique en France.
Quant au festival Europavox, créé en 2006, il rassemble chaque année 40 000 spectateurs devant le meilleur de la scène musicale du continent, permettant ainsi d’inscrire le nom de la ville sur la carte musicale européenne. Alors, aujourd’hui, Clermont-Ferrand « capitale rock », ce n’est pas qu’un simple titre honorifique : c’est, peut-être plus que jamais, une réalité.

Christophe Basterra