Le Raymond Bar

Le CBGB auvergnat

Prenez garde en pénétrant ici, car chaque recoin, chaque fauteuil, chaque habitué a une histoire à raconter, de préférence insensée, de préférence furieusement rock’n’roll. Le Raymond Bar est à Clermont ce que fut le CBGB à New York. Un lieu empli de folie, de rage. D’audace même. “Nous ne sommes ni un bar, ni une salle de concert institutionnelle. Nous voulons promouvoir la musique indépendante et la culture DIY”, peut-on lire sur le site Internet. Ce Do It Yourself, on le perçoit dès l’entrée. Le Raymond, un chouïa excentré, ne brille pas de mille feux, bien au contraire. Seule la queue qui se forme à la porte vous orientera. Pensez à retirer du liquide avant de vous y rendre : sur place, pas de machine à carte, pas de vestiaire, chaque association ou organisateur gère sa soirée comme il le veut, comme il le peut. Mais une fois que vous aurez pénétré en ces lieux, alors là ! Les murs sont recouverts de stickers illisibles, usés par plus d’une décennie d’effluves de sueur et de tabac, les canapés sont par endroits éventrés, la foule est compacte, les groupes jouent au niveau du public, le son est rugueux…

Sur scène, démence également : rien de surprenant à pogoter un dimanche soir devant un live fiévreux des Acid Mothers Temple & the Melting Paraiso U.F.O., un groupe japonais de rock psychédélique et bruitiste formé en 1995. Le Raymond Bar, c’est cela : un nom en forme de blague, un décorum dans son jus, une volonté farouche de rester jeune, de rester indépendant, de rester sauvage… Un club rempli à ras bord de fans de rock 'n’ roll, de psyché, de blues malsain, qui se réunissent plusieurs fois par mois (jetez un oeil à l’agenda tenu à jour sur le site officiel), au gré des découvertes locales (Super Sympa, talent en devenir entraperçu là-bas) et des internationaux de passage. Un squat en apparence, rock’n’roll par essence.

Nico Prat